Scan 406 : surveiller tous les canaux des balises de détresse avec un UV-K1 / UVK5v3

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Depuis quelques semaines, les opérateurs des ADRASEC utilisent sur le terrain l’application EPIRB 406, qui décode les balises de détresse avec un talkie-walkie Quansheng UV-K1 (lien affilié) et le firmware d’Armel, F4HWN. Les retours sont très bons. Mais l’un d’eux pointait un vrai trou dans la raquette.

Un opérateur ADRASEC m’a signalé que les balises récentes émettent sur 406,076 MHz. Or EPIRB 406 écoute sur une seule fréquence, 406,031 MHz, avec une fenêtre qui couvre 406,025 à 406,040 MHz. Une balise neuve passe donc à côté.

La réponse s’appelle Scan 406 : une petite application qui surveille en permanence tous les canaux où une balise peut émettre, vérifie que ce qu’elle entend est bien une balise, donne l’alarme, puis passe la main à EPIRB 406 sur le bon canal.

Capture de l'écran de la radio : onze barres, une par canal, la dernière (76) pleine hauteur ; en bas, GEN1 OK 406.076 0S AGO et BURSTS GEN1 1 GEN2 0

Les canaux des balises : un plan de fréquences à suivre

La bande 406,0 à 406,1 MHz est réservée aux balises de détresse. Le système Cospas-Sarsat la découpe en canaux de 3 kHz, décrits dans son plan de gestion des fréquences (document C/S T.012). Quand un canal se remplit, il est fermé aux nouveaux modèles de balise et un autre est ouvert.

Point important : un canal fermé reste peuplé. La fermeture ne concerne que l’homologation de nouveaux modèles. Les balises déjà en service continuent d’émettre sur leur canal pendant des années.

Canal Fréquence État
B 406,025 MHz le premier canal, fermé aux nouveaux modèles en 2002
C 406,028 MHz fermé en 2007
D 406,031 MHz fermé le 1er juillet 2025
F 406,037 MHz fermé en 2012
G 406,040 MHz fermé en 2017
J, K 406,049 et 406,052 MHz réservés aux attributions futures
N, O 406,061 et 406,064 MHz réservés aux attributions futures
R 406,073 MHz réservé aux attributions futures
S 406,076 MHz ouvert depuis le 1er janvier 2025 : les balises récentes

Scan 406 surveille ces onze canaux. Il laisse de côté le canal A (406,022 MHz, réservé aux balises du système lui-même) et les canaux que Cospas-Sarsat a décidé de ne jamais attribuer. En visant les centres exacts du plan, plutôt qu’une grille régulière, l’application ne dépend pas de la largeur exacte du filtre de la radio.


Comment ça marche

Capture de l'écran : onze petites barres au niveau du bruit, les numéros de canal 25 à 76 dessous, NO BEACON YET

L’application change de canal toutes les 3 millisecondes environ : les onze canaux sont passés en revue en à peu près 35 millisecondes. Chaque canal a sa barre, qui montre de combien de décibels le signal dépasse le bruit de ce canal. La ligne pointillée marque le seuil de détection, 10 dB au-dessus du bruit.

C’est rapide parce qu’une balise n’émet qu’une salve d’une demi-seconde toutes les cinquante secondes. Il ne faut pas la rater.

Chaque canal a aussi son propre niveau de bruit, mesuré en continu. Une radiosonde ou un émetteur qui reste allumé finit donc par faire partie du bruit de son canal, et ne déclenche pas l’alarme en boucle.


Vérifier que c’est bien une balise

Un signal qui dure une demi-seconde, ce n’est pas forcément une balise. Pour en être sûr, Scan 406 fait ce que fait EPIRB 406 : il écoute le message.

Une salve de balise de première génération commence par 160 millisecondes de porteuse pure, puis une synchronisation, puis le message. Scan 406 repère la salve pendant cette porteuse, assez tôt pour capturer la suite. Il la passe au décodeur d’EPIRB 406 lui-même, inclus tel quel dans l’application : un seul décodeur pour les deux, testé une seule fois.

Le décodeur cherche la synchronisation de trame, une séquence de bits fixée par la norme, puis l’application vérifie les codes BCH, les codes correcteurs qui protègent le message. Le résultat s’affiche en bas de l’écran :

Affichage Ce que ça veut dire
GEN1 OK synchronisation trouvée et codes BCH justes : un vrai message de balise, intact
GEN1 ERR synchronisation trouvée, mais un code BCH est faux : signal faible, ou balise mal programmée
TST la balise est en autotest : son propriétaire la vérifie, ce n’est pas une détresse
GEN1 ? une salve de la bonne durée, mais pas de synchronisation : non vérifiée
GEN2 une salve d’une seconde : une balise de deuxième génération

Les balises de deuxième génération ne peuvent pas être décodées sur cette radio (leur modulation est bien trop large pour son récepteur). Mais Scan 406 les détecte quand même. Les ignorer serait la pire des options : une vraie détresse passerait sous silence. Savoir qu’une balise émet, et sur quel canal, suffit déjà pour aller la chercher en radiogoniométrie avec Sig Finder.


L’alarme

Capture de l'écran inversé pendant l'alarme : fond sombre, la barre du canal 76 en clair, GEN1 OK 406.076

Sur le terrain, on n’a pas les yeux sur l’écran. À la détection, la radio bipe toutes les secondes, sa lampe torche et sa LED verte clignotent, et l’écran s’inverse en rythme. Ça dure jusqu’à l’appui sur une touche, n’importe laquelle. La touche d’acquittement ne fait rien d’autre : un appui sur EXIT pour arrêter l’alarme ne quitte pas l’application par erreur.


Le relais vers EPIRB 406

Une fois l’alarme acquittée, deux modes au choix, avec la touche * :

  • AUTO (par défaut) : la radio se règle sur le canal de la balise et ouvre EPIRB 406, qui décode la salve suivante, une cinquantaine de secondes plus tard. On retrouve alors tout le message : pays, type de balise, identifiant, position.
  • WATCH : l’application reste en surveillance et compte les salves. Utile en exercice, quand plusieurs balises émettent.

C’est le même passage de relais qui relie déjà EPIRB 406 à Sig Finder pour la radiogoniométrie, et à QR Map pour envoyer la position sur le téléphone (je les présentais ici). La chaîne complète d’une recherche tient maintenant dans quatre petites applications :

  1. Scan 406 trouve la balise, sur n’importe quel canal ;
  2. EPIRB 406 décode son message ;
  3. Sig Finder guide vers elle, antenne directive en main ;
  4. QR Map envoie sa position sur la carte du téléphone, d’un scan.

Les touches

Capture de la page d'aide : les touches étoile, 0, MENU, EXIT et n'importe quelle touche, avec leur action
Touche Action
* AUTO (passage à EPIRB 406) ou WATCH (surveillance seule), mémorisé
0 406 MHz ou mode TEST sur 433 MHz, mémorisé
MENU la page d’aide
n’importe laquelle arrête l’alarme ; quitte l’aide
EXIT quitter

Tester sans jamais émettre sur 406 MHz

Pour faire des essais, on ne touche jamais à la bande 406 MHz : les satellites relaient tout ce qu’ils y entendent, et une fausse alerte mobilise de vrais secours. Scan 406 a donc un mode TEST, sur la touche 0. Il surveille les mêmes onze canaux, transposés sur 433 MHz : 406,0xx MHz devient 433,619 MHz plus xx kHz. Le canal D tombe sur 433,650 MHz, le canal S sur 433,695 MHz.

Au banc, j’ai émis les trames de test de la norme avec un LimeSDR, sur ces fréquences de test : sur la radio, tous les essais passent. Reste à entendre une vraie balise, en exercice.

Avant d’aller sur la radio, l’application a été testée sur ordinateur, sur une radio simulée. Les scénarios couvrent des salves de balise réalistes sur chaque canal, l’autotest, des erreurs dans le message, une porteuse perdue en cours de trame, un signal faible, un émetteur continu à côté d’une balise, et de courtes impulsions parasites. Ces tests tournent aussi sous des outils de détection d’erreurs mémoire. C’est d’ailleurs comme ça qu’un débordement de mémoire a été trouvé et corrigé avant la diffusion.


Tout ça en 2,4 kilo-octets

Une application du firmware d’Armel doit tenir dans 4 kilo-octets de mémoire. Scan 406 en utilise environ 2,4, décodeur compris. Les textes de l’écran sont rangés dans la mémoire flash de la radio, et non dans ces 4 Ko précieux. Le décodeur est partagé avec EPIRB 406 au niveau du code source.

L’application est proposée à Armel pour son firmware, dans la pull request #745 de son dépôt GitHub, comme EPIRB 406, Sig Finder et QR Map avant elle. Elle sera disponible dans une prochaine version de son firmware, une fois relue et acceptée.


Ce que je retiens

Les retours de terrain valent de l’or. La fréquence 406,076 MHz n’apparaissait dans aucun de mes tests. C’est un opérateur, sur le terrain, qui a vu le problème.

Lire la norme avant de coder. Je partais sur une grille de fréquences régulière, qui dépendait de mesures du filtre de la radio. Le plan de fréquences Cospas-Sarsat donne les centres exacts des canaux : c’est plus simple, et plus juste.

Détecter, ce n’est pas encore savoir. Un scanner qui sonne pour n’importe quel signal d’une demi-seconde serait vite ignoré. Vérifier la synchronisation et les codes BCH, c’est ce qui rend l’alarme digne de confiance.

Et toujours la même règle, non négociable : on n’émet jamais sur 406 MHz, ni sur 121,5 ou 243 MHz, pour faire des essais. Ces applications sont des outils d’écoute et d’apprentissage. Elles ne remplacent en rien les moyens officiels de recherche et de sauvetage.


Pour aller plus loin

Johan Denoyer, F4WAT

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